Marie-Justine Arandiga

Le militaire et son couple

De plus en plus de consultations de couples ont un lien avec les exigences professionnelles de l’un des conjoints.
En effet, si les risques psychosociaux sont aujourd’hui connus et parfois même traités en amont, il n’en reste pas moins que certaines professions peuvent mettre en danger les couples.

Depuis quelques années, de plus en plus de professionnels des forces de l’ordre consultent avec leur conjoint car leur espace personnel se voit envahit par des problématiques bloquantes inhérentes à leur métier.

C’est le cas des militaires.
Plus qu’un métier, être militaire exige non seulement des qualités hors du commun mais aussi une grande capacité à accepter les contraintes spécifiques à la profession :

– un engagement régi par le « don de soi »
– une culture de la disponibilité (horaires imprévisibles et irréguliers)
– une mobilité importante (déplacements, mutation, changement d’affectation, célibat géographique)
– une exposition aux risques.

De fait, le couple qu’il forme se retrouve ainsi soumis à des difficultés qui lui sont propres et qui viennent se surajouter à la complexité déjà grande du couple.

Le conjoint de militaire

S’il est compréhensible de penser que le conjoint de militaire s’engage en connaissance de cause, dans les faits, non seulement cela n’est pas forcément le cas, mais en plus, les efforts que celui-ci devra consentir pour s’adapter aux exigences de son conjoint militaire demande une énergie et un engagement à toute épreuve.

La solitude est un sentiment que le conjoint est amené à gérer fréquemment, qu’elle soit affective ou même logistique.
Gérer l’absence (physique ou psychique) suppose, dans une certaine mesure, une autonomie émotionnelle qui peut alors parfois porter préjudice au couple. Il faut savoir « bien faire » avec cette absence et en même temps rester connecté à l’autre. Ce jeu de réajustement perpétuel est une sorte de fil rouge du couple de militaire qui doit sans arrêt rechercher la bonne distance c’est à dire celle qui convient aux deux partenaires.
D’un point de vue logistique il en va de même. Le conjoint doit apprendre à gérer seul le quotidien lors des activités opérationnelles, que cela concerne la famille ou même le couple. L’autonomie voire même l’indépendance requise à ce moment là est très importante ce qui est souvent en contradiction avec le quotidien partagé hors opérations.
Encore une fois, des réajustements sont régulièrement nécessaires au sein du couple et demandent beaucoup de souplesse aux partenaires.

 

La particularité des OPEX

Les OPEX ont ceci de très particulier qu ‘elles s’accompagnent d’un cycle émotionnel spécifique au déploiement.

Avant le départ
Chacun vit différemment la projection de ce qui va suivre.
Pour le militaire, tiraillé entre l’envie de partir en mission et la nécessité de ne pas partager ce sentiment pour ne pas heurter le ressenti de son conjoint, les sentiments sont parfois confus. Il s’agit surtout de gérer un maximum de choses pour soulager celui qui reste tout en cohabitant avec de nombreuses interrogations.
Pour le conjoint, l’absence qui se profile n’étant pas un choix personnel, celle-ci s’anticipe souvent dans l’angoisse. Il arrive parfois que ces sentiments soient si envahissants que l’isolement et le détachement deviennent une solution temporaire pour éloigner la souffrance de ce moment.

Pendant l’absence
Un réaménagement émotionnel est indispensable à chacun pour gérer ce temps. Chaque partenaire doit faire avec la gestion de ses besoins affectifs sans heurter ceux de son conjoint. L’autonomie affective fait parfois place à une indépendance affective (ce qui ne remet pas forcément en cause les sentiments) qui devient alors en quelques sortes un mode de survie pour les individus qui composent le couple.

Le retour
Le retour est souvent la phase la plus délicate à gérer, en effet, chacun doit pouvoir retrouver une place qui lui convient dans le couple et dans la famille alors que justement, pendant la phase d’absence, chacun pouvait s’octroyer quelques libertés avec la place de l’autre.
C’est le temps des renégociations et surtout, de la bienveillance face aux demandes de l’autre. Cette phase de retour demande beaucoup de souplesse de la part du conjoint qui a du tout gérer seul pendant une longue période et de fait, beaucoup d’énergie et d’investissement.

 

 

Depuis le 15 mai 2015, l’armée offre une prise en charge des familles de militaires dont les activités opérationnelles ont des conséquences sur leur équilibre psychologique.

Agréée « réseau soins civils SSA (DALAM) » depuis juin 2015, vos consultations peuvent être prises en charge si vous en faîtes la demande auprès du médecin des armées.