Marie-Justine Arandiga

La crise dans le couple

Il n’y a pas de couple sans crise

Lorsque l’on fait la découverte de l’amour, rien ni personne ne nous informe sur le fait que notre couple traversera de manière inéluctable une, voire plusieurs crises, ce qui ne signifie pas pour autant que ce couple est voué à l’échec…

Il est vrai qu’au premier abord cette nouvelle peut sembler inquiètante, mais les couples qui surmontent ces crises en ressortent renforcés et leur amour évolue vers quelque chose de plus grand, de plus fort et de plus vrai.

 Qu’est ce qu’un couple?

C’est avant tout l’histoire d’une rencontre entre deux personnes qui décident que la relation qu’ils partagent ensemble peut se nommer « couple ».

Le lien particulier qui se crée entre eux les rend membres d’une micro institution à laquelle ils sont seuls à appartenir.

Chacun y amène, à travers son passé, sa construction personnelle, ses repères affectifs, le modèle parental qu’il a reçu, une sorte de compilation de ses propres données qui influencent obligatoirement l’organisation et l’équilibre de ce couple.

 Le couple se vit en deux temps, 1er temps

 Avant d’être amoureux on tombe amoureux, on plonge dans une période de fusion où l’autre apparait plus ou moins comme l’être rêvé, l’être parfait que l’on attendait.

C’est le temps de la rencontre, de la surprise et des émotions intenses durant lequel chacun tente de se montrer sous son plus beau jour, de se mettre au diapason des attentes de l’autre et paraît même touchant dans ses imperfections.

C’est le temps de « l’illusion fondatrice » que vit tout couple qui a pour projet de durer.

 La sagesse populaire le dit très bien : « l’amour est aveugle », cela signifie simplement que l’on habille l’autre de qualités extraordinaires qui échappent le plus souvent au comum des mortels.

Cet autre répond à nos attentes conscientes, mais aussi, dans une certaine mesure, à nos attentes inconscientes. Il vient combler des manques, on ne voit ni ses défauts, ni ses limites, on est enfermé dans une sorte de cocon qui filtre la réalité.

« On est bien ensemble », parce que cet état a pour effet, plus ou moins prononcé selon les couples, de les préserver des moments agressifs.

En réalité ceux-ci apparaissent plutôt lors du 2ème temps du couple.

Voilà donc la fin de l’idéalisation qui se profile… Parfois empreint d’angoisse et d’incompréhension car souvent interprété de manière inexacte comme la fin de l’amour, ce temps du couple est souvent difficile à abandonner.

Nombreux sont ceux qui n’y parviennent pas…

Certains ne sont pas prêts à renoncer à cet état qui les rend plus fort personnellement, d’autres aiment plus l’état amoureux que leur conjoint, d’autres encore ne sont pas prêts à faire le « travail » nécessaire, parfois douloureux, à la construction d’un nouveau couple… Ceux là préféreront plutôt changer de partenaire et retrouver la passion et la fusion avec un nouveau conjoint convaincus que l’étape suivante ne peut qu’être sans saveur et sans intensité.

2ème temps : la fin de la « lune de miel »

Cette étape nécessaire, voire même indispensable dès lors que l’on s’inscrit dans la durée, peut avoir lieu à des moments très variables selon les couples, il n’y a pas de règles précises, mais bien souvent le processus s’enclenche au bout de quelques temps de vie commune.

L’épreuve de la réalité rattrape le couple à un moment ou à un autre avec pour finalité de l’ancrer plus fortement dans le réel. Cette étape oblige chacun à reconnaître les limites de l’autre, les limites du couple et surtout ses propres limites.

Nous avons tous des failles, que nous les connaissions ou pas, et l’autre ne peut les combler indéfiniment à travers, notament, l’image idyllique qu’il a de nous.

La désidéalisation est une cause fréquente de consultation, en effet, après avoir vécu durant un temps certain, des moments très forts et très agréables nul n’est préparé aux boulversements que suppose la fin de ce premier temps amoureux.

A ce moment charnière, nombre de patients liste les défauts de leurs conjoints, les comportements qui leurs paraissent insupportables, les attitudes qui leurs semblent inacceptables dans un couple…

Le point commun à toutes ces doléances est bien souvent le fait que tout ceci n’a rien de nouveau, que l’autre était déjà ainsi avant mais que, traversant paisiblement le premier temps du couple , ces insuffisances n’étaient pas vues et sues…

Alors oui, votre conjoint a certainement une bonne partie de ces défauts et non, il ne vous les a pas caché sciemment, simplement, la vision, l’image, que vous aviez de lui ou d’elle n’est plus la même, vos attentes sont différentes aujourd’hui et c’est là l’occasion de formuler ces demandes.

Mais attention, ne perdez jamais à l’esprit le fait que l’autre ne peut répondre à tous nos besoins car il y a un certain nombre de questions auxquelles vous devez répondre vous-même.

Cette crise de la désidéalisation, qui peut être plus ou moins violente, selon que l’idéalisation a été plus ou moins importante, doit mettre en évidence une certaine solitude qui doit être assumée dans un couple.

La désidéalisation n’étant pas la désillusion, surmonter la crise nécessite certains ajustements,  il peut s’agir, par exemple, du déplacement de l’idéalisation sur un autre aspect du partenaire ou même sur un projet commun, voire un projet plus personnel mais soutenu par l’autre.

La déception qu’implique cette étape est aussi emprunte de difficulté car accepter les aspects frustants de son partenaire renvoie à ses propres manques.

Il est important de différencier ce qui relève de l’autre et ce qui relève de soi, des exigences de perfection que l’on réclame à l’autre afin qu’il revienne combler nos manques personnels.

Arriver à identifier que le couple que nous formons est en crise, que les déceptions que nous rencontrons viennent autant de nous que de lui, permet alors de devenir acteur de la crise. Il s’agit là de prendre conscience de la situation, d’être prêt à « travailler » à l’émergence d’un nouvel équilibre, d’un nouveau couple.

Accepter de reconnaître l’imperfection de l’objet, son caractère non totalement satisfaisant, c’est accepter de reconnaître à son égard des sentiments ambivalents, c’est donc accepter que naissent à son égard des sentiments hostiles, au sein même d’un véritable attachement pour lui. Pour Mélanie Klein, renoncer à ce premier clivage à l’intérieur du Moi et réintrojecter les mauvais Objets ou les mauvaises qualités à l’intérieur du Moi est, par définition, le processus qui introduit l’entrée dans la position dépressive. Il s’agit de faire un véritable deuil de l’Objet, en acceptant en lui des aspects insatisfaisants, et en même temps le deuil d’une représentation totalement bonne idéalisée de soi-même.  Jean-George Lemaire

Bien comprendre ce qu’est la crise

Dans de nombreux domaines aussi divers et variés que l’économie, l’entreprise, la finance mais aussi le couple, la crise s’entend comme une période critique de dérégulation du système.

Cette dérégulation est due à ce qui n’a pas été pris en compte et qui demande à l’être. Pour le couple il s’agit principalement de l’évolution personnelle des individus qui le compose ou de l’évolution du couple lui même, mais cela peut aussi venir de ce qui a été caché au moment de sa constitution ou encore d’évènements de la vie qui viennent mettre à mal son équilibre.

La véritable difficulté vient du fait que la crise libère des forces destructrices, parfois incontrôlables, et que celles-ci deviennent alors sources de souffrance.

Les couples qui vivent une crise peuvent se déchirer, se faire du mal sciemment ou, au minimum, inconsciemment. De fait, les comportements, les attitudes, les actions de chacun ne sont que des réponses personnelles à la situation que vit le couple.

Malheureusement, ces réponses, souvent empreintes de mécanismes de défense, ont tendance à aggraver la crise et à empêcher tout apaisement.

La dispute, la violence verbale ou psychologique, peuvent apparaitre et aucun des deux n’a plus l’énergie de revenir en arrière en faisant preuve de bienveillance.

L’empathie et la compassion pour ce que vit l’autre sont fréquemment absentes et l’on cherche à se défendre et à se protéger.

Face à la crise et à la douleur qui l’accompagne, le fait d’investir d’autres composantes de la vie est une réponse inconsciente qui permet de tenir à distance, du moins pour un temps, la souffrance inhérente au problème.

Certains vont se recentrer sur eux mêmes et leurs besoins individuels, d’autres vont surinvestir la famille et les enfants, d’autres encore vont se lancer à corps perdu dans le travail.

Ces manifestations ont pour but d’échapper à la difficulté que rencontre le couple et, de fait, peuvent s’assimiler à des stratégies d’évitemment salutaires mais temporaires.

A l’extrème, la crise conjugale peut parfois conduire à une situation plus grave: l’état dépressif.

En effet, remettre en question l’objet d’amour ou l’amour en lui même, implique irrémédiablement une critique de l’objet d’amour (l’autre).

Cette remise en question du conjoint s’accompagne par effet boule de neige d’un questionnement personnel. Au mieux cette étape maturative sera utile pour l’un et pour l’autre, mais, à l’extrême, peut se développer un sentiment auto-agressif et auto-destructeur qui peut conduire à un état dépressif.

L’important à ce stade est d’être en capacité d’identifier que le couple est en crise et de trouver la force de commencer le travail nécessaire à sa reconstruction.